Un monde de couteaux

 

   
     

 

 

 

 

 
(Vous êtes nombreux à me poser des questions sur l’origine du couteau pliant, aussi ai-je décidé de faire cette petite mise au point chronologique.!)
 

 

Il était une fois le couteau pliant ...

 
(vraie fausse épopée historico-comique)
 
 
 
 
 
A)   Dans la Rome Antique

D’après des mesures de datation au carbone 18, (les tests au carbone 18 furent utilisés après la première guerre mondiale par suite de pénurie de carbone 14.) on peut raisonnablement dater les spécimens de couteaux pliants trouvés dans des tombes romaines comme étant contemporains de Jules César, soit vers 40 av. JC.
 La légende veut que ces couteaux aient été réalisés dans la région de Lutèce par un artisan du nom de Cothinus ou Cothenus (il semblerait qu’il utilisait plusieurs orthographes, et voire même d’autres noms, probablement par timidité car il ne signait jamais ses œuvres)
  
Des études ont montré que ces étranges couteaux étaient le plus souvent réalisés à partir de couteaux droits nommés " culltelus lignus "qu’il mutilait pour augmenter leurs valeur marchande. (le nom de " cultellus lignus "ou couteau droit apparaît pour la première fois dans un texte de Juvénal)
  
 
Ces transformations consistaient à se servir de la lame d’origine pour l’articuler sur le manche au moyen d’un axe constitué par un clou de récupération (dans certains cas, le manche d’origine était totalement remplacé par une partie de manche d’objets divers en ivoire, voire même de pied de " sella curulis " ou chaise curule).
 
Le manche était souvent re-décoré au moyen d’objets divers tels que débris de bagues ou de petites statues funéraires "ushabti" (ou shabti ) égyptiens car les romains appréciaient déjà les charmes de ces miniatures exotiques, à tel point que des rapprochements commerciaux (et autres) s’intensifièrent avec l’Égypte vers 50 av. JC.
 
Le génie créatif de cet artisan le poussa même à réaliser des cloutages en forme de croix, mais ces modèles rarissimes furent détruits dans un immense autodafé sous l’empereur Néron (fait relaté dans l’œuvre de Suétone "De vita duodecim Caesarum libri")
  
 
Le nom de "calamus" utilisé pour nommer le couteau pliant des écrivains qui s’en servaient pour tailler leurs plumes est probablement à l’origine de l’expression encore actuellement utilisée  "quelle calamité" pour désigner l’œuvre de cet artisan.
 
 
 
Indépendamment du coté peu pratique d’un couteau sans blocage de la lame, il est à signaler que ce précurseur de ce qui allait devenir, par la suite, la coutellerie gadget de mauvais goût, que les romains n’avaient pas encore inventé les poches (indispensables, il faut l'avouer, pour recevoir un couteau de poche).
 
Une esquisse de poche, réalisée par un repli compliqué et peu fiable, au niveau de la poitrine, de la "toga virilis" servait au citoyen à mettre sa bourse et autre menues affaires. Pour éviter que ce replis de tissu ne se défasse, on était obligé de garder la main dessus lors du moindre déplacement !
 
De ce fait, le légionnaire possesseur d’un couteau pliant devait se résoudre à garder son couteau dans sa main gauche, la droite étant réservée pour tenir une arme réglementaire tels que le pilum (lance), le gladius (glaive) ou pugio (poignard).
 
Lors de combat le pauvre légionnaire se trouvait devant ce cruel dilemme : soit laisser choir son canif et se protéger avec son "scutum" (bouclier), soit conserver son précieux canif et tenter d’esquiver les coups de l’adversaire.
Couteau pliant romain (cultelus)
Cultelus romain premier siècle après J-C
 
Devant le nombre impressionnant de légionnaires qui se faisaient bêtement trucider à cause de cet objet avant-gardiste, (qu’il aurait pu mettre dans une poche, si celle ci avait inventée à cette époque !) le Proconsul Gnaeus Pompeius Magnus promulgua une loi (Lex Pompeius) interdisant aux légionnaires de posséder un "cultellus"
 
Vae Victis ! comme le disait si bien le chef gaulois Brennos (célèbre pour son bouclier ovale) malheur aux vaincus ! Le cultellus était vaincu et il va falloir attendre très longtemps pour que revienne la mode d’un couteau pliant qui soit fiable et surtout transportable.
 
 
 
 
 
B)     Le Moyen Age
 
Curieusement, ce besoin de couteau pliant n’apparaîtra qu’en Europe, pas du tout en Afrique  et quasiment pas en Asie. Ne parlons pas de l’Australie ni de l’Amérique, dont les techniques de coutellerie industrielle sont encore inexistantes à cette époque
 
Les XVe et XVIe s. marquent l'apparition de couteaux de chasse destinés spécifiquement à cet usage. Il s'agit de la dague de vénerie destinée à servir (achever) le gibier et de la trousse de chasseur destinée à le découper.
 
Au Moyen âge, on se sert de la dague avec la pointe vers le bas (sous la main), alors que durant les XVIe et XVIIe siècles lorsqu’elle est utilisée avec l'épée, on la tient avec la pointe vers le haut.
 
Au XVI ème siècle. on assiste à l'apparition de petits couteaux dits "de grâces" avec large lame damasquinée portant au verso le Deo Gratias.
 
Certains couteaux sont sertis de pierres précieuses auxquelles sont attribués des pouvoirs protecteurs contre les tentatives d'empoisonnement alimentaire (décoloration ou brisure au contact du poison).
Petit couteau européen, époque Médiévale
Petit couteau époque médiévale, longueur 114mm - Provenance Europe de l'Ouest
 
Mais que ce soit avec des coutelas et dagues suspendus à la ceinture dans un fourreau ou avec des batardeaux incorporés dans l’étui du couteau de vénerie ou dans des trousses de chasse, l’homme du moyen Âge a tout ce qu’il lui faut pour couper sa viande ou pour piquer un morceau dans le plat commun avec la pointe de son coutelas sans s’encombrer, en plus d’un couteau pliant comme ce couteau à huîtres, qui vient d’être inventé : en soulevant le ressort posé au dos, la lame de fer avec ornements gravés se referme dans le manche composé de deux plaques de laiton ajourées.
 
Le peu de succès de ces "gadgets" avant l’heure font que l’on peut en voir que dans des Musées (ou quelques fois sur eBay, mais l'authenticité de ces couteaux est aussi "claire" qu'un jus de "coq au vin" !)
 
 
 
C)   Les Écossais
 
Les écossais, eux aussi, n’avaient (et n’ont toujours pas) de poche dans leur kilt, mais utilisaient le sporran, sorte de sac accroché à la ceinture, sur le devant du kilt, pour pallier l'absence de poche de ce dernier et surtout pour empêcher le kilt de se soulever (c'est le kilt "mains libres"). Fait de cuir ou de fourrure, il peut reprendre les motifs de la boucle de ceinture et du sgian dubh (petit couteau dont le manche en ébène se termine par une grosse pierre semi précieuse, emblème du clan, au même titre que le motif et les couleurs des vêtements.
 
Il faut savoir qu’en Écosse, ce couteau s’est toujours porté dans la chaussette droite.
 (A ce propos, il est intéressant de narrer l’anecdote suivante : à l’origine, les écossais marchaient pieds nus et, par économie, n’utilisaient qu’une seule chaussette dont la seule fonction était de servir de gaine au fameux sgian dubh.  
Cette chaussette était traditionnellement retenue par un cordonnet de couleur rose (seule couleur pouvant s’assortir harmonieusement avec l’ensemble des couleurs utilisés pour les tartans)
 
Au fil des temps, les épouses prirent l'habitude de décorer de plus en plus ce qui n’était au début qu’un simple cordon, à tel point qu’il était courant de dire "Rose" pour désigner le cordonnet brodé puis cette sorte de jarretière et sa chaussette.
 
Les gauchers, portant la "ROSE" à gauche, étaient las d’être immédiatement repérés et montrés du doigt. Ils invoquèrent la discrimination et obligèrent les conseils d’Anciens à se prononcer en faveur du port d’une chaussette à chaque jambe et donc de deux cordons roses. Par sympathie pour les écossais, les gauchers français adoptèrent cette pratique vestimentaire comme symbole de lutte contre l'autorité.
 
Cette affaire (pour ne pas dire cette guerre) des deux Roses marqua tellement les esprits que, par la suite, il ne fut même plus question de mettre un couteau, pliant ou non, dans le petit sac  qui protège la vertu de l’écossais en kilt !
 
Cet épisode est souvent confondu avec un différend qui opposa à la fin du XVème siècle la maison royale de Lancastre à la maison royale d’York et connu sous le nom de "Guerre des deux Roses"
Le sgian dubh était et restera toujours donc l’unique couteau à tout faire de l’écossais, aucun autre couteau ne pourra le remplacer et il sera toujours porté avec fierté contre son mollet et c’est pourquoi, en Écosse on ne fabrique pas de couteaux pliants !
 

 

 

CONCLUSION

 

De nos jours, il existe encore de tristes individus qui transforment encore de bons et loyaux couteaux en choses informes et anticonstitutionnelles (je ne sais pas si ce mot est parfaitement adapté, mais compte tenu de la difficulté à le placer, je le laisse - merci ! )
Je souhaite que les Collectionneurs ouvrent les yeux, qu’ils cessent d’être crédules et qu’ils refusent de se faire berner par ces transformations  ridiculo-carnavalesques qui font la fortune de gens malfaisants. 
 
 

 

¬ Le Couteau   

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Vraie fausse épopée par JFL